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Tester des interfaces avec des animaux : ne passez pas à côté de cette innovation en UX Design

Posté le 7 juin 2016

Un chat qui scrolle, une autruche qui clique, un perdreau qui ouvre un burger menu. Non, il ne s’agit pas du script d’un mauvais documentaire français, mais bel et bien d’une nouvelle tendance UX Design adoptée par de plus en plus d’agences web parisiennes. Fini les utilisateurs caractériels aux usages imprévisibles, place à la rationalité implacable des tests d’interfaces avec des animaux. Reportage de fond.

Les poissons rouges finissent Pokemon sur Twitch et les mouches live-tweetent. Et si le digital poursuivait sa mue en devenant le théâtre de la symbiose entre les animaux et les Hommes ? Si l’on en croit la dernière tendance UX Design, ce doux rêve ressemblerait de plus en plus à une réalité, au point de modifier aujourd’hui le quotidien de dizaines de designers en France et aux Etats-Unis.

Tester avec un animal : kézako(tarie) ?

C’est très simple. La pratique vise tout simplement à placer l’animal de votre choix face à un prototype de site ou d’application et à enregistrer son comportement face à celui-ci.

Avec le développement des nanotechnologies et autres objets connectés suivant au plus près les gestes et pensées d’un individu, ce tracking est devenu un jeu d’enfant (ou de loutre, nous y reviendrons).

Concrètement, là où auparavant des êtres humains étaient conviés dans une salle, généralement austère et sans fenêtre, à d’interminables et peu palpitants entretiens utilisateurs, aujourd’hui, les tests peuvent se réaliser directement sur un bureau, dans une cage ou en plein air de manière totalement agile et itérative. Avec un résultat qui défie l’entendement.

Pour Aymé Rivière-Grondin, Business Marketing Director chez Monsieur Bricolage, les chiffres parlent d’eux-mêmes :

Notre chien-testeur a éprouvé et validé l’intégralité de notre tunnel d’achat. C’est saisissant. Notre taux de conversion a bondi de 46% et notre chiffre d’affaires de 23,3% avec une augmentation du panier moyen d’environ 12,98%. Sans compter la masse salariale que ça nous a fait économiser…

chien testeur
Dougy, le chien-testeur. Monsieur Bricolage peut lui dire merci.

En outre, il semblerait bien qu’avoir recours à des animaux présente bien d’autres avantages pour un projet. « Recruter de vrais utilisateurs, c’est long, fastidieux et de plus en plus coûteux, vous savez… À la fin des années 2000, ça allait, on filait aux gens des chèques CADHOC à 3€ et ils étaient contents. Mais maintenant, ils deviennent de plus en plus exigeants, ils nous insultent et réclament de l’argent… », nous précise Simon Reverdy, Head of UX chez Genotrics Design Studio.

Alors, les tests avec des animaux, simple nécessité budgétaire ? Pas uniquement. En approfondissant le sujet, on se rend compte que les process sont raccourcis à tous les échelons. Dès qu’une idée germe, elle peut très rapidement être testée en live, ce que nous confirme ce même Simon, désormais totalement convaincu par la pratique :

Moi, c’est bien simple, je ne travaille plus qu’en binôme avec un animal. D’ailleurs, je vais vous confier un secret : j’ai fait valider la nouvelle home du site Transilien SNCF par un castor.

Oui. Un castor.

Darwin l’avait prédit

Dès lors, une question se pose : grâce au webdesign, le temps du règne animal serait-il venu ? Nombre d’études américaines le démontrent : aujourd’hui, les animaux sont tout aussi voire plus aptes que les hommes à accomplir certaines tâches ne nécessitant pas un effort intellectuel important.

« Vous savez, naviguer sur un site web, utiliser Snapchat ou jouer à Clash of Clans ne requiert pas plus de 5% de nos fonctionnalités cognitives », avance le professeur Jean-Christophe Broulart, chercheur au CNRS et détenteur de la chaire « Biogénétique et génomique inter-espèces » à l’Université Intercontinentale Paris-Bruxelles. Du coup, toute une typologie d’animaux peut simuler et optimiser à la perfection les différents types d’utilisateurs consommateurs de produits et de contenus sur Internet. Pour simuler le comportement d’une femme CSP+, les designers sont formels : prenez une truie. Vous voulez tester auprès d’enfants ? Optez pour la loutre. Un homme d’âge mûr ? C’est le castor. Une personne âgée ? Julie Pirowka de chez UX Master a la réponse :

C’est confondant, j’ai étudié le comportement de mon grand-père sur iPad puis j’ai fait le rapprochement. Il était en tout point similaire à celui d’une chèvre !

Mac Bouc Pro
On dirait bien que Papy va avoir un nouveau MacBouc

Prométheus le bulot

Dernier point et non des moindres : mais d’où une telle tendance peut-elle bien provenir ? Qui peut bien être à l’origine du feu sacré propagateur de lumière ?

Après des mois d’enquête, nous avons remonté la piste et retrouvé celui qui serait à l’origine de tout. Il s’appelle Valentin Charchuis. Il est aujourd’hui UX Designer chez Le Truc Group et nous explique l’origine de la chose :

En fait, on était en rendez-vous client avec notre directeur de création. On s’agaçait d’être toujours bloqués sur le même point d’ergo sans avoir le temps de tester, puis d’un coup, je lui envoie par Whatsapp pour déconner : “Dis, tu trouves pas que le client a des yeux de bulot ?” En revenant à l’agence, on a pris le truc au pied de la lettre pour voir. Au début, on a testé pour se marrer. Faute de bulot, on a mis des Google Glass à un boeuf pour tester une créa. C’était incroyable, la heatmap de l’eye tracking était identique à celle d’un humain, voire même d’une acuité plus forte.

Voilà ce qui s’appelle un bel effet boeuf.

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